À la Une

20 livres, 20 pierres sur mon chemin

Docteur Jivago (Boris Pasternak)
Chroniques de l’oiseau à ressort (Haruki Murakami) 
Le Tambour (Günther Grass)
L’Invention du Monde (Oliver Rolin)
Les Buddenbroocks (Thomas Mann)
La leçon d’allemand (Siegfried Lenz)
Une femme à Berlin
Les Bienveillantes (Jonathan Littell)
Les Confessions (Jean-Jacques Rousseau)
Boussole (Mathias Enard)
Mémoire (Catherine Clément)
Hadji Mourat (Léon Tolstoï)
Un héros de notre temps (Lermontov)
Le clan des Ottori (Llian Hearn) 
La pierre et le sabre (Eiji Yoshikawa)
La mer de la fertilité (Mishima Yukyo)
Un artiste du monde flottant (Sir Hishiguro Kazuo)
Le pauvre cœur des hommes (Soseki Matsumo)
Les 47 rônins (Osaragi Jirô)
La société du mystère (Dominique Fernandez)

La Sumida

"La Sumida/すみた川" de KAFÛ Nadaï/永井 荷風, traduit du japonais, présenté et commenté par Pierre Faure, Gallimard/Unesco, 
Connaissance de l'Orient

D’abord, il y le roman, court, à peine 100 pages. Les personnages – Shôfuan Ragetsu, maître de haïkaï, son neveu Chôkichi, collégien, amoureux de O-Ito, son amie d’enfance, apprentie geisha – habitent près de la Sumida, à Edo. Ils vivent au rythme des fêtes et des saisons. Peu de péripéties, peu de dialogues. Les descriptions d’Edo font penser aux « vues » peintes par Hiroshige.

Ando Hiroshige‏ @ando_hiroshige  13 mai
Hiroshige Leafy Cherry Trees on the Sumida River, from the circa 1831 series Famous Places in the Eastern Capital

« En cette chaude arrière-saison, la lumière du soleil couchant, devenue un instant plus intense qu’au cœur même de l’été, embrasait à perte de vue la surface de l’eau…Subitement, de même que va en s’éteignant la lumière d’une lampe, des teintes cendrées se répandirent sur l’ensemble du paysage où seules se détachaient, toutes blanches, les voiles des chalands qui glissaient sur les flots montants de la marée du soir. » (page 46)

Et puis il y a, après le roman, 30 pages de commentaires de Pierre Faure. C’est une mine de renseignements sur les sources d’inspiration de KAFÛ Nadaï.

Le convoi de l’eau

"Le convoi de l'eau/水の葬列" de YOSHIMURA Akira / 吉村 昭, traduit du japonais par MAKINO Yutaka, ActesSud/Babel

Pour fuir un passé noir, rien de mieux que de se faire embaucher sur un chantier perdu dans une vallée inaccessible où un barrage engloutira bientôt un village récemment découvert. Pendant les travaux préparatoires, les ouvriers du chantier et les habitants du village vont vivre côte à côte sans communiquer :

« Au fond de la vallée, deux mondes s’étaient constitués. Sans s’influencer l’un l’autre, à l’intérieur d’une frontière abstraite, ils semblaient mener chacun sa vie de manière indépendante. » (p 105)

Un accord sur les indemnisations étant conclu, les travaux démarrent : des tunnels éventrent la montagne, la forêt est détruite. Les habitants du village s’obstinent un temps à réparer les toits dont la mousse est ébranlée par les explosions. Mais bientôt ils doivent se préparer à partir ; ils déménagent le cimetière en emportant les crânes dans des petites caisses de bois qu’ils ont construites. Un matin tous les habitants quittent le village. Seuls quelques hommes restent et mettent le feu aux maisons, en prenant soin que le feu ne se propage pas à la montagne.

Vengeance sur la plaine du temple Goji-in et autres récits historiques

"Vengeance sur la plaine du temple Goji-in et autres récits historiques" de MORI Ôgai / 森鴎外, Les Belles Lettres

Pour écrire ces récits, MORI Ôgai s’est inspiré de faits et de personnages réels de l’histoire du Japon ou de la Chine. Son souci de la précision rend parfois la lecture monotone mais j’ai bien aimé les héroïnes de ces récits.

La treizième nuit et autres récits

 "La treizième nuit et autres récits" de HIGUCHI Ichiyô / 樋口 一葉, Les Belles Lettres

Les récits de HIGUCHI Ichiyô, écrits dans les années 1890, sont inspirés des poèmes classiques qu’elle a étudiés dans son adolescence (les notes de la traductrice restituent soigneusement les noms des poètes et les titres des recueils de poèmes). On y retrouve les « motifs emblématiques du raffinement de la littérature classique japonaise » : la lune*, la neige, les fleurs. Les personnages de ces récits sont souvent des femmes « dans leur malheur invariable…victimes des mœurs, de la piété filiale, de la pauvreté, d’un mauvais mari, de la prostitution. » (Postface de la traductrice, Claire Dodane). Très belle édition. 

* d’où le choix de l’illustration de la couverture du livre (voir photo : Hiroshige, Numazu-juku (沼津宿), douzième des cinquante-trois stations du Tōkaidō)

La collection « Japon » des Éditions Les Belles Lettres

La Collection « Japon » des Éditions les Belles Lettres comporte plusieurs dizaines d’ouvrages de fiction (romans, récits et poésie) et non-fiction.

En ce qui concerne les romans et récits, chaque ouvrage est soigneusement édité avec notes, présentation des récits et postface.

Ouvrages présentés dans ce blog :

La guerre des jours lointains

YOSHIMURA Akira / 吉村 昭 - La guerre des jours lointains - Traduit  du  japonais par Rose-marie Makino-Fayolle - Babel - 2007

1945. Japon. Démobilisé depuis quelques mois, l’officier Kiyohara Takuya apprend qu’il est recherché pour avoir participé à l’exécution de soldats américains. À partir de ce jour, Takuya « sait qu’il allait devoir fuir jusqu’à sa mort. » De Fukuoka à Osaka puis Kobe, sous un faux nom, Takuya traverse son pays anéanti par les bombardements. La famine menace 10 millions de personnes. La colère puis la peur l’accompagnent.

« Il sentait que la colère intérieure qu’il avait éprouvée à l’égard des largages répétés de bombes incendiaires américaines s’était progressivement atténuée, tandis que la frayeur seule grandissait de jour en jour. » (p 177)

2 ans plus tard, un matin, le patron de la petite fabrique de boites d’allumettes qui le cache et l’emploie le prévient que des policiers viennent l’arrêter ; Takuya ne s’enfuit pas.

« Il était décontenancé d’éprouver un sentiment proche de la lassitude. Une langueur incompréhensible avait envahi son corps….Il pensait que fuir était un aveu de faiblesse. Il sentait qu’il avait atteint la limite de ses forces. » (p 251)

Arrêté, jugé il fut condamné à la prison à vie mais fut libéré en 1957. Il refuse alors d’être considéré comme « victime de guerre ».

Sur YOSHIMURA Akira voir
https://lalitteraturejaponaise.home.blog/yoshimura-akira/